Pommes de terre en haïkus de saison

Thierry Cazals, que je remer­cie, vient de me trans­met­tre deux haïkus japon­ais sur les patates (31 mars 2008).

J’ai donc décidé de démar­rer cette page sur les rela­tions entre haïkus et patates.

J’invite ceux qui fer­ont des décou­vertes dans ce domaine à me les adresser pour qu’on puisse les partager.

Mais voici les poèmes en ques­tion. Avec mes pro­pres com­men­taires : j’aime que les haïkus soient ainsi accom­pa­g­nés de quelques mots, qui en situent le con­texte comme le fai­saient les moines-voyageurs, avant que le haïkaï ne devi­enne qu’un jeu de cour. Là on ne retrou­vera pas le con­texte du créa­teur, mais celui du lecteur qui décou­vre la réso­nance du poème dans son monde intérieur.

Je sors d’une dure séance
Au tem­ple zen
Fleurs de patate

Kyoshi (tra­duc­tion de Mau­rice Coyaud)

JF : ce haï kaï me ren­voie à la con­tem­pla­tion de la fleur de pommes de terre, déli­cate, bleue ou blanche, et fugi­tive. La sai­son des fleurs de patate est bien courte, comme est courte la sai­son des cerisiers au Japon. Mais ils lui ont donné un nom ! Ainsi les Japon­ais dis­posent de cinq saisons. Ce qui rend l’année mieux rem­plie, beau­coup plus longue. J’imagine un instant la sai­son de la fleur de pomme de terre, en juin.

_ Au fond de la mar­mite
Où cuisent les patates
Le reflet de la lune

Kyoroku

Trois haïkus trans­mis par T. Cazals, ven­dredi 4 avril 2008 :

Dans la feuille de patate douce
Elle enveloppe sa vie
La goutte d’eau

_ Kikaku (il s’agit d’un dis­ci­ple de Bashô)

La pluie tombe sur la ville
je me sou­viens des gouttes
sur les fleurs vio­lettes des pommes de terre

_ Takuboku, « Fumées », éditions Arfuyen, tra­duc­tion : Alain Gou­vret, Pas­cal Hervieu et Gérard Pfis­ter
Takuboku est surnommé par­fois « le Rim­baud japon­ais »
Est-ce un haïku ou un tanka (poème un peu plus long), me dit Thierry, je ne sais… En tout cas, dans le livre que j’ai il est écrit sur 3 lignes.
_ Quand au dernier il s’agit d’un poète occi­den­tal con­tem­po­rain, José Chanly (trouvé sur son site) :

Gel cette nuit
et mes pommes de terre ?
en ligne elles me sourient

_ Et Thierry Cazals de con­clure cet envoi en soulig­nant qu’il doit y en avoir d’autres, car les japon­ais sont très friands de ce qui touche les êtres hum­bles de la nature… Il y a de très bons haïkus sur le navet, qui est encore moins « aris­to­cra­tique » que la patate…

J’ai vu sur un site qu’au Japon, on appelait « Lune de patate » la pleine lune d’équinoxe… Il faudrait véri­fier… auprès d’un japonais…

_ Mais cela ne s’arrête pas, les haïkus pour­suiv­ent et signent :

Hérons blancs
Champs de patates
Voie lactée

Shiki, (tra­duc­tion Mau­rice Coyaud)

Cette fois-ci il s’agit d’un poète occi­den­tal con­tem­po­rain, José Chanly :

Gel cette nuit
et mes pommes de terre ?
en ligne elles me sourient