Les noms de la pomme de terre en République Tchèque

Voici quelques 35 noms régionaux des pommes de terre en tchèque.

par Ludek Janda

P1160165PDTLudek_o_V3webLes noms et leur histoire

Bandúrek, ban­dor, bobal, bram­bola, bram­bory, budka, erteple, grum­bír, grúl, grum­bolec, jablíčko, jablko, jablouška, jablóška, kartofel, kobzal, kob­zol, kob­zola, kob­zole, krumpel, krumpír, krum­ple, krumpolec, krompach, san(ta)burák, san­ták, švábka, šupák, zemčátko, zem­ník, zemňák, zemák, zemlják, zemče, zemia.
Mme Úlehlová-Tilschová explique ainsi, dans son His­toire du repas tra­di­tion­nel tchèque (1947), cette richesse de dénom­i­na­tions :
« Même si cela ne fait que 200 ans que les pommes de terre sont cul­tivés chez nous, elles se sont repan­dues si vite parmi le peu­ple qui les a accep­tées, que chaque région les a bap­tisées par son pro­pre expres­sion ».
Pour com­pren­dre les orig­ines de chaque dénom­i­na­tion il faut suivre les routes par lesquelles les pommes de ter­res sont venues aux pays tchèques (Bohême, Moravie, Silésie).
Tout d’abord au 17e siè­cle ce fut à tra­vers Vienne, alors cap­i­tale et ville la plus proche de la Moravie. C’est pourquoi dans cer­taines régions on les appelle « erteple » ce qui est la trascrip­tion de l’Erdäpfeln autrichien (mot a mot « pommes de terre » en alle­mand).
D’autres régions adoptent les calques de ce nom — « zemáky » (ter­riens), « jablóška » (petites pommes de ter­res).
Dans les années 1771–1772 sous le règne de Marie Thérèse on a importé une grande quan­tité des pommes de terre du Bran­de­bourg (pays alle­mand, Brani­bory en tcheque). C’est alors que le nom de cette région s’est général­isé comme désig­na­tion des pommes de ter­res (Brani­bory -> bram­bory). Le mot « bram­bory » est des lors le nom le plus répandu et aujourd’hui le seul cor­rect pour désigner les pommes de terre en tchèque.
L’influence de la langue alle­mande se fait sen­tir aussi dans les expre­sions grum­bír, grum­bolec, krumpel, krumpír, krum­ple et krumpolec. Toutes provi­en­nent du mot régional alle­mand Grund­birde qui lit­téralle­mant sig­ni­fie « la poire de terre », donc pas la pomme ! Les orig­ines des mots kob­zol, kob­zole ou kobzaly restent un mys­tère. Elles provi­en­nent de la région de Lašsko, au Nord-Est de la Moravie. Soit il s’agit du nom du pre­mier cul­ti­va­teur soit ce mot a été importé au 16° siè­cle par les Valaques venus de l’Est, prob­a­ble­ment de la Slo­vaquie actuelle et de l’Ukraine.

P1160178PDTLudek_o_web_ La région typ­ique de la cul­ture des pommes de ter­res est la Česko­moravská vrchov­ina (Les Hau­teurs bohêmiennes-moraves). Une région pau­vre à la fron­tière entre Bohême et Moravie. Dans les collines les hivers sont féro­ces et le vent très fort.
Le mot qu’on utilise là le sem­ble le plus chaleureux : « jablóška », les petites pommes de ter­res. Les habi­tants des Hautes Ter­res con­nais­sent d’ailleurs des recettes orig­i­nales à base despommes de terre.

_ Les pommes de ter­res sont dev­enues aussi la source de chan­sons populaires.

_ En voici un extrait :
_ Horo, horo bram­borová,
(Mon­tagne, mon­tagne de pommes de ter­res !)
má panenka není oma,
(Ma bien-aimée n’est pas chez elle)
není doma, je na poli,
(Elle n’est pas chez elle, elle est dans les champs)
vykopává tam bram­bory
(ou elle récolte les pommes de terres)

brambory 3 avec peluche

bram­bory 3 avec peluche

Pho­tos

_ Pho­tos de pommes de terre tchèques — les bram­bory -, cul­tivées par Ludek Janda dans son jardin en Moravie, et rap­portées en Picardie (France) pen­dant l’été 2008.

Sources :

_ Úlehlová-Tilschová, M. Česká strava lidová, Družstevní práce, Praha, 1945.
Dadalova kuchařka.
Sur inter­net :
http://dadala.hyperlinx.cz/bram/bramr0001.html
(con­sulté le 10 sep­tem­bre 2008)