Les menteries à base de pomme de terre

Pourquoi et com­ment réaliser des menter­ies à base de pommes de terre

La menterie est un mensonge.

Dire des « menter­ies » c’est s’entraîner à la fan­tas­tique comme dirait Gilbert Durand, c’est faire la gym­nas­tique de l’esprit, comme on fait l’entrainement physique du corps.

Une « menterie » célèbre est la chan­son « Com­père qu’as-tu vu ? » attribuée aux bate­liers de la Meuse ou « anonyme XVIIIe siè­cle », quand on évoque son origine.

La machine à men­songes peut évidem­ment touner à vide, et il faut veiller à ne point trop en faire aussi. Mais le dan­ger m’apparaît surtout inverse, selon les âges des enfants : je m’étonne d’observer par­fois la dif­fi­culté de cer­tains à pra­ti­quer les men­songes, à repousser les lim­ites de leurs images intérieures spontanées.

Les pommes de terre peu­vent con­stituer d’excellents sup­ports aux menter­ies, leurs dif­for­mités et aspérités de sur­face pou­vant don­ner lieu à toute sorte d’interprétation. On peut par­tir d’une photo stim­u­lante (j’en ai réal­isé plusieurs qui per­me­t­tent cela) ou d’une patate que l’on tient en main (dans des ate­liers d’écriture prévus autour de la pomme de terre je demande si c’est pos­si­ble à ce que cha­cun vienne avec une patate, con­sti­tu­ant le « droit d’entrée » à l’atelier). On part alors de ce con­tact, de la vue, du toucher, de l’odeur… pour décrypter un aspect de la pomme de terre.

Aux écoles de Grand Bourg, de Fur­sac, à l’amicale laïque de Saint Priest la Feuille, au salon du livre de Saint-Etienne-de-Fursac, j’ai ainsi pro­posé la créa­tion de menteries.

Cela s’est fait aussi à San­nois (Val d’Oise) et se fera encore.

Je pro­pose dans un pre­mier temps de par­tir à l’observation d’images intérieures : d’après ce qui est vis­i­ble sur la patate, qu’elles pro­jec­tions avons nous dans notre esprit ? Je pro­pose alors de fer­mer les yeux pour mieux « voir » ce qui est en nous. Et si je pro­pose l’écriture de menter­ies, j’en dis quelques-unes du « Com­père qu’as-tu vu ? » (qui ont en outre l’avantage d’être dans une forme dia­loguée : on ne dira jamais assez le bien­fait du dia­logue dans notre vie intérieure comme dans la vie sociale…

Voici par exem­ple l’une des menter­ies du Compère :

« J’ai vu une vache
Qui dan­sait sur la glace
A la Saint Jean d’été »

J’invite alors à écrire en 3 lignes

Pre­mière ligne :
Je « vois » sur­gir, bondir, sor­tir naître etc. de ma pomme de terre ou de ma patate… (on choisit le verbe que l’on veut, avec on sans qual­i­fi­catif complémentaire)

2e ligne :
L’animal ou le per­son­nage « extra­or­di­naire », impos­si­ble, qui vient de sor­tir. A ce nom est asso­cié un qual­i­fi­catif qui va le ren­dre extra­or­di­naire. Comme un ser­pent « et ses qua­tre pattes »… Penser au « binôme imag­i­natif » de Gianni Rodari (La gram­maire de l’imagination) ou déjà au XIXe au rap­proche­ment d’une machine à coudre et d’un para­pluie sur une table de dis­sec­tion, de Lautréamont.

3e ligne
Cet ani­mal étrange réalise une action qui est indiquée, évoquée, présenrée.

Voilà les 3 lignes de base. Si l’on a le temps et si l’on y prend plaisir, on peut entrer dans la for­mal­i­sa­tion ryt­mique d’une menterie, 5 – 6 – 6 (voir l’exemple de la vache ci-dessus). Et l’on l’encadre par « Com­père qu’as tu vu » et « Com­père vous mentez ». On fait ainsi des séries de cou­plets si l’on est avec un groupe, qui peu­vent for­mer un bel ensemble.