Souvenez-vous de la rafle de la rue des Terres au Curé

Les rafles ne sont pas de l’histoire anci­enne. Sou­venez vous de la rafle organ­isée rue des Ter­res au Curé à Paris, dans un foyer de migrants, en février 2008.

Devant la sit­u­a­tion des gens qui ont été présen­tés à la Jus­tice, le pro­cureur de la République lui-même, pour­tant per­son­nage d’Etat, s’est senti obligé d’écrire au Préfet de police, pour s’indigner : on instru­men­talise la jus­tice, les faits reprochés aux per­son­nes passées par le Tri­bunal ne tien­nent pas la route et les « raisons » ayant entrainé le bouclage de l’établissement n’ont aucune réal­ité (il faudrait relire les textes, mais je me demande même s’ils les « autorités » se sont donné la peine de « jus­ti­fier » en droit cette descente).

Et l’on n’a pas lés­iné pour­tant sur les arresta­tions : 116. Nous sommes bien cette fois dans la logique d’une rafle. Comme si notre bou­teur d’étrangers hors de France voulait tester les réac­tions des autres admin­is­tra­tions et de la société civile.

Mais qu’est-ce qu’une « Rafle » demanderez-vous ? Ouvrez un dic­tio­n­naires, c’est tout sim­ple­ment : « l’arrestation mas­sive opérée à l’improviste par la police dans un lieu sus­pect ». Ils nous sont très utiles les dic­tio­n­naires par les temps qui courent !

Notre indig­na­tion est d’autant plus grande que ce lieu d’hébergement rue des Ter­res au curé n’avait rien de sus­pect. Par­fois la police rafle sous le pré­texte de loge­ments insalu­bres (d’ailleurs je crois savoir qu’ils vont con­coc­ter d’autres descentes de ce genre et qu’Amiens n’est pas à l’abri de cette démarche : il est même pos­si­ble qu’en ce 18 mars la réal­ité m’a dépassé. Je n’en suis pas dupe). Déjà ne nous y trompons pas : ces rafles n’ont pas pour but de mieux loger les gens mal­traités par des marchands de som­meil. On ne va pas lever bru­tale­ment à l’heure du laitier ces marchands de som­meil. Non il s’agit de repérer les per­son­nes à bouter hors de France puisque cela devient l’une des activ­ité majeure d’une par­tie de notre police. Il fau­dra bien aussi que nous aid­ions nos citoyens-policiers à sor­tir de cette manière de con­cevoir leur travail.

Quelques semaines aupar­a­vant nos min­istricules s’indignaient de ceux qui par­laient déjà de « rafles », dis­ant qu’il y avait excès de vocab­u­laire à les accuser ainsi, alors qu’ils n’arrêtaient les gens que « un par un » . Ils ne bouclaient pas de quartiers comme au temps de Vichy ! Pas d’arrestation mas­sive ! (ils lisent les dic­tio­n­naires nos rafleurs).

Rappelez-vous, en effet, dans la région d’Orléans, voici quelques mois : les policiers, bien infor­més de nou­veaux arrivages, attendaient que les étrangers sor­tent d’un lieu de réten­tion « ouvert » pour les arrêter au pré­texte par exem­ple qu’ils ne tra­ver­saient pas dans les pas­sages cloutés, ce qui est bien sûr très dan­gereux pour la sécu­rité publique. Sachant d’où ils sor­taient il était garanti que l’arrestation per­me­t­trait de décou­vrir « par hasard » d’autres motifs à les garder. La aussi la Jus­tice devant relâcher ces pau­vres gens quelques jours plus tard. Vous voyez comme ils tes­tent toutes les pos­si­bil­ités, nos Rafleurs.

Quand j’imagine l’ensemble des per­ver­sités à l’œuvre sur toute la chaîne de com­man­de­ment pour arriver à cela je m’insurge au plus haut point, je ne peux que dénon­cer nos min­istricules qui se dis­ent sans doute bons chré­tiens pour la plupart.

En ce mois de février 2008 ils ont été pris là la main dans le sac, irréfuta­bles, ils ont monté d’un cran la pression.

Ne nous lais­sons pas abuser par les jus­ti­fi­ca­tions qu’ils dévelop­pent. La rafle est bien inscrite comme hori­zon d’attente au fond de leur pen­sée, ce qui les con­duira à imag­iner d’autres opéra­tions, si nous ne les arrê­tons pas à temps. Refu­sons dès aujourd’hui, à tout instant, à tort et tra­vers, les matins bruns aux­quels on voudrait nous préparer.