Le sarkositoire du 29 janvier 2008

Le SARKOSITOIRE est ouvert

(« Sarkos­i­toire » : lieu des sarcasmes)

En voici les textes par ordre d’apparition ce mardi 29 jan­vier 2008

Le sens du sarkositoire

Le Sarkos­i­toire est un mot qui a pour racine :

  • le sar­casme (grec « Sarkos »)
  • la notion de lieu (suf­fixe « –itoire » que l’on va retrou­ver dans ter­ri­toire, transitoire,…)

Le Sarkos­i­toire est donc le lieu où se prononce, se déclame, se con­serve le sarcasme.

On aura com­pris que « Sarkos­i­toire » man­i­feste surtout un cer­tain état d’esprit : là s’exprimera par la parole le point de vue moral de créa­teurs (écrivains ou non) sur les ques­tions du monde d’aujourd’hui. Les adeptes du sarkos­i­toire ont donc quelque chose à dire et le dis­ent haut et fort à temps et à con­tre temps. Ainsi nous prenons posi­tion, dans un proces­sus verbal.

Le sarkos­i­toire peut évidem­ment s’orienter sur dif­férents sujets. Aujourd’hui dans une démarche human­iste l’urgence nous sem­ble être de faire part de notre colère envers ceux qui gèrent la ques­tion des « Sans-papiers » comme s’ils n’étaient pas des hommes, des femmes, des familles.

Le poète n’aura de cesse de semer le trou­ble chez ceux qui se com­plaisent à voir s’épanouir par exem­ple un min­istère de la Con­cen­tra­tion et du Retour. Ou pire peut-être de l’immigration choisie, c’est à dire d’une pompe à puiser les cerveaux dans les pays les moins dévelop­pés, ouvrant ainsi une nou­velle ère, celle d’une Epoque colo­niale numéro 2, sous cou­vert de poli­tique de civil­i­sa­tion ! C’est d’ailleurs sous cou­vert de « civil­i­sa­tion » que l’on a com­mis les pires exac­tions : les pre­miers explo­rateurs étaient ravis, émer­veil­lés de ren­con­trer des gens dif­férents de nous. Le con­tact avec l’Ile de Pâques a été exem­plaire à ce sujet. Pre­mier con­tact épanouis, les autochtones don­nant nom­breuses richesses aux marins. Sec­ond con­tact hor­ri­ble : nous venons avec nos armes leur arracher leurs richesses et une par­tie des explo­rateurs se font tuer. Où est l’erreur ?)

Non je n’ai pas envie que par de telles atti­tudes à la mode d’aujourd’hui les médiocres « grandeurs » qui nous gou­ver­nent ne forme les kamikazes de demain : qui serait inca­pable imag­iner qu’en ren­voy­ant les par­ents de cette manière, nous met­tons en germe chez leurs enfants, qui sen­tent les souf­frances des adultes, qui parta­gent les souf­frances et erre­ments, nous for­mons le ressen­ti­ment global des pop­u­la­tions des pays du Sud à notre égard ?

Le sarkos­i­toire prend ses quartiers à Amiens et sur inter­net : une par­tie des textes lus pour­ront en effet trou­ver place sur le site inter­net « jean-foucault.fr ». Un mardi par mois se tien­dra une ren­con­tre dans une rue d’Amiens.

Les folles de la place de mai en Argen­tine ont été la mau­vaise con­science de la dic­tature.
Les fran­cis­cains de Toulouse, dans le silence sont la mau­vaise con­science des camps de réten­tions. Il y a d’autres man­i­fes­ta­tions qui sor­tent ainsi des sen­tiers bat­tus et ren­dent vis­i­ble le refus d’un peu­ple envers les idées noires pour matin brun de ses dirigeants.

Nous sommes à un moment de dénon­ci­a­tion qui passe ni par bruits de casseroles, ni par silence, mais par la parole qui déploie ses sar­casmes sur ce qui ne mérite pas mieux.

« Sarkos », veut dire mor­dre la chair, pour les grecs. Et bien oui nous mor­dons la vie à pleine dent et si cela fait mal à quelques-uns c’est bon signe, pour leur future guéri­son. Il reste alors à ceux qui se sen­tent viser, une chance de se soigner. C’est quand on ne prend pas con­science de son mal qu’on risque de le per­pétuer longtemps.

Le sar­casme est là pour stop­per la machine qui broie l’homme. L’ironie doit être déca­pante et pour cela elle appellera un chat un chat. C’est au ser­vice de cela que nous met­tons le « sar­casme ». Au ser­vice de la guéri­son. Nous lais­sons de côté la notion d’insulte que peut aussi inclure le sar­casme. L’insulte ne nous intéresse pas, car elle ne per­met pas d’aller vers la guéri­son de celui que nous visons.

Dans le sarkos­i­toire nous enten­dons met­tre en œuvre les mots des­tinés à toucher ceux d’en face afin qu’ils ne se sen­tent plus libres de parader, de surfer sur les idées nauséeuses qui flir­tent avec les pires péri­odes de notre histoire.

Grâce au sarkos­i­toire nous attirons l’attention sur les mon­stru­osités dans lesquelles sont empêtrés nos min­istres dont les valeurs human­istes se lim­i­tent à pleurer quand des sans-papiers meurent en mer en allant vers nous. Larmes de croc­o­diles que celles de qui ne man­i­fes­tent son amour des étrangers que lorsqu’ils sont morts, déploy­ant alors forces offices de repen­tance et salamaleks.

Au sarkos­i­toire nous plaidons sans ver­gogne pour un monde aux valeurs human­istes que nous devri­ons avoir tous en partage, du sim­ple citoyen au chanoine du Latran.

Les menter­ies

Ah j’ai vu ! j’ai vu !
Com­père qu’as-tu vu ?
J’ai vu un min­istre
Une larme à l’œil
Devant tant de mis­ères !
Com­père vous mentez !

Ah j’ai vu ! j’ai vu !
Com­père qu’as-tu vu ?
J’ai vu Lib­erté
Aux bras d’Egalité
Qui souri­ait, fraternelle

Com­père vous mentez !

Ah j’ai vu ! j’ai vu !
Com­père qu’as-tu vu ?
J’ai vu un Préfet
Offrant thé au berbère
Son chameau sur le dos
Com­père vous mentez !

Ah j’ai vu ! j’ai vu !
Com­père qu’as-tu vu ?
J’ai vu l’arc en ciel
Dis­tribuer des visas
En veux tu en voilà
Com­père vous mentez !

Ah j’ai vu ! j’ai vu !
Com­père qu’as-tu vu ?
J’ai vu l’président
Offrir moultes visas
A 20 000 Sans-papiers
Com­père vous mentez !

Et si vous m’en croyez
S’il en est encor temps
Allez vite vous cacher !

Le citoyen d’autrui

Un poète vient de pub­lier un recueil qui s’intitule Citoyen d’autrui
Je ne sais pas encore de quoi parle ce recueil à la date où j’écris, mais déjà ce titre me plait bien. Ce poète ne peut que m’être sym­pa­thique.
Et j’ai envie de chanter sur un ton doux ces deux petits mots :

Citoyen d’autrui
Citoyen d’autrui
Citoyen d’autrui

N’est-ce pas que cela sonne libre ?
Beau­coup plus libre que


Citoyen sans papier
Citoyen sans logis
Citoyen sans famille
Citoyen sans travail.

Plus libre que… je ne sais pas moi !
mais, tiens ! par exem­ple :

Citoyen lève-tôt
Citoyen gagne-plus
Citoyen tradeur
Citoyen gagneur

Cela vous a un côté

Citoyen corps et bien
Citoyen d’eaux douces
Citoyen com­pagnon
Citoyen cœur du monde

Je suis ton citoyen
donc je te recon­nais
Tu me désignes
Je suis le citoyen des autres
L’obligé des autres
Et non pas
L’ogre des autres.

Vos papiers citoyens ?

Non
Le citoyen d’autrui ne peut
Pas deman­der les papiers

Il est libre comme l’air
Son iden­tité elle est portée
Au fond de soi
Au fond des autres

Ce n’est pas une iden­tité de papier.

Prenez un nom­bre inconnu, retirez-en 6%

vous obtenez quel nombre ?

Dans le Figaro Mag­a­zine du 19 jan­vier 2008 le citoyen-ministre Hort­e­feux indique que « Le nom­bre de clan­des­tin a diminué de 6% »

Cette men­tion est relevée avec humour par le Canard Enchainé du 23 jan­vier 2008 : com­ment peut on tirer une sta­tis­tique, un pour­cent­age, cal­culé à par­tir d’un nom­bre d’étrangers « clan­des­tins » et donc par principe totale­ment inconnu ?

Cela amène Le Canard à pro­poser un exer­cice de maths pour les écol­iers : « sachant que le nom­bre de clan­des­tins est totale­ment incon­nus, cal­culez, etc ».

Je pense qu’on peut même com­pli­quer l’exercice pour les grandes classes, en cal­cu­lant des moyennes, des courbes de Gauss, en for­mu­lant des hypothèses : recherchez la date à laque­lle, à rythme con­stant et par cumu­la­tion, il n’y aura plus de clan­des­tin et à quelle date le mot même de « clan­des­tin » sera devenu obsolète et ôté des dic­tio­n­naires usuels, ou mieux celui de « sans papier ».

Exam­inons aussi com­ment le min­istre se con­tor­sionne pour­tant comme un beau dia­ble pour arriver à ces chiffres bien désolants pour lui (Pré­fec­ture de police de Paris : mille sor­ties de moins que le quota prévu).

Suivez bien ceci par exem­ple : en décem­bre notre citoyen Min­istre ren­voie des Roumains chez eux par char­ters. Ils ont signé l’aide au retour. Cela leur a per­mis de passer les vacances de Noël dans le pays avec un petit pécule. Et la plu­part sont revenus en jan­vier. On ne peut plus les expulser, ils sont Européens, non ?

Autre souci : un gros tiers seule­ment des ambas­sades en 2007 a reconnu pour sien les conci­toyens qu’on voulait ren­voyer au pays (con­tre 45% en 2006). Les ambas­sades aussi font de la résis­tance. C’est encour­ageant pour tous les mil­i­tants et l’équipe du Sarkositoire..

Mais ne rions pas : c’est placés devant de telles impasses que la France et l’Europe veu­lent peaufiner leur poli­tique de cen­tres de réten­tion, où l’on pourra rester pen­dant 18 mois (avec sans doute la pos­si­bil­ité de renou­veler une fois ?) Ne man­quera plus que de don­ner l’autorisation de tra­vail à l’intérieur de ces pris­ons, et les entre­prises trou­veront la main d’œuvre qui leur manque à bon compte (à ce prix-là le très mobile Nioka pour­rait con­tin­uer de fab­ri­quer ses télé­phones porta­bles en Allemagne).

Non ne rions pas : rêvons de la libre cir­cu­la­tion des hommes avant celle du cap­i­tal. Une émis­sion sur Arte le mer­credi 23 jan­vier nous pro­po­sait ce rêve dans une vrai-fausse émis­sion qui annonçait le vote de l’ONU en faveur de l’abolition des fron­tières. Ingénieux mon­tage qui per­me­t­tait de retourner les reportages : les images de déplacés sur les routes deve­naient mes­sages d’espoir. Dans les zones de Tran­sit au Maroc les gens inter­rogés expli­quaient qu’ils attendaient pour passer en Europe l’arrivée bateaux prévus à cet effet : depuis Tanger le reportage annonçait 30 bateaux vers l’Europe pour la nuit suiv­ante, empor­tant allè­gre­ment 30 000 citoyens du monde !. L’émission vari­ait les vrais ou faux reportages bien sen­tis dont celle de ce patron alle­mand en mécanique qui attendait avec impa­tience cette ouver­ture, car les ate­liers de mécanique ont une moyenne d’âge trop élevée en Alle­magne (et cet inter­view était vrai).

Non ne rions pas : rêvons de l’effondrement soudain du nom­bre de Sans-papiers car plus per­sonne ne sera clan­des­tin par décret. Ce que le prince décrète, le prince peut le jeter aux poubelles de l’histoire et décréter l’inverse. Et aug­menter de 6% au moins le BNP ou bon­heur national brut.