Je suis nègre comme tous les Sans-papiers (Hommage à Aimé Césaire)

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Sark­si­toire, Amiens
Photo Monique Obled

Je suis nègre comme tous les Sans-papiers

_ Dans un texte en hom­mage à Aimé Césaire ce samedi 19 avril je dis­ais « j’ai fait un rêve : à la mort d’Aimé Césaire Nico­las Sarkozy met fin aux quo­tas, met fin à la xéno­pho­bie d’Etat, ouvre le Pan­théon au malien noyé au pont de Joinville, mort pour la France ».
Mais ce mardi rien n’a bougé, Nico­las Sarkozy n’a rien dit en Mar­tinique. Au moins il n’a pas encore con­traint nos écol­ier à faire poésie sur ses textes choi­sis… Mais j’attends tou­jours l’annonce de l’intronisation de Baba Tra­oré au Pan­théon et de la fin des quo­tas. Au lieu de cela de fausses envolées una­n­imistes « les 7000 kilo­mètres qui sépar­ent la métro­pole de la Mar­tinique ‘ont jamais aussi peu compté ». Sans doute beau­coup de nos voisins Caraibéens aimeraient que cela soit vrai ! Mais ces pro­pos sont à l’image de la dif­férence entre la langue vivante du poète, langue qui oblige, et la langue morte et de bois de cer­tains poli­tiques, langue de poudre aux yeux..
Citons ce pas­sage d’Aimé Césaire, extrait de « qui donc, qui donc… » poème du recueil Corps perdu :
_ « le mot nègre
tout plein de brig­ands qui rôdent
des mères qui cri­ent
d’enfants qui pleurent
le mot nègre »

_ Aujourd’hui sous ce beau et fort mot de « nègre », je mets tous ceux que l’on pour­suit quelle que soit leur couleur.
Aujourd’hui sous le mot « nègre » je recon­nais les morts noyés du golfe du Mozam­bique où nos patrouilles de la police des fron­tières éper­on­nent de nuit et envoient par le fond les bar­ques des gens qui veu­lent attein­dre May­otte. Mais voilà la police – heureuse­ment – a été dénon­cée et la haute Autorités de déon­tolo­gie, s’appuyant sur les rap­ports offi­ciels de l’Inspection générale des polices peut aujourd’hui dévoiler aussi crue­ment ces méth­odes de voy­ous, de « brig­ands » comme dis­ait Césaire.
Je souhaite au con­traire à nous tous une mort douce comme celle que souhaitait Aimé Césaire à son corps qu’il voit passer dans une autre poème (je cite cet extrait de « faveur », dans « Moi, lam­i­naire » ) :
_ « je croise mon squelette
qu’une faveur de four­mis mani­ans porte à sa demeure
(tronc de baobab ou con­tre­fort de fro­mager)
il va sans dire que j’ai eu soin de ma parole
elle s’est blot­tie au cœur d’un nid de lianes
noyau ardent d’un héris­son végé­tal
c’est que je l’ai instru­ite depuis longtemps
à jouer avec le feu entre les feux
et à porter l’ultime goutte d’eau sauvée
à une quel­conque des loin­taines ram­i­fi­ca­tions du soleil (…) ».


Je suis nègre, la lib­erté bien ancrée au fond du cœur, comme tous les Sans-papiers.