Comment je suis devenu slameur

Je me suis ren­seigné.
J’ai lu.
J’ai écouté.
J’ai entendu Julos Beau­carne se moquer du rap dans un con­cert.
Mais gen­ti­ment.
Julos Beau­carne n’est pas un méchant.
C’est un post­mod­ern à l’ancienne.
Il mon­trait que Molière et Racine étaient rappeurs
(Racine d’ailleurs un peu plus).
Evidem­ment, bien cadencés leurs vers.
Mais je savais déjà que rap et slam c’était pas pareil.
Que le slam c’était encore plus poésie que le rap.
Que le slam y avait pas musique
Comme en pein­ture y a pas photo.
Grand Corps malade pro­pose la musique en tournée.
Mais Grand Corps Malade ça va.
Ça poé­tise.
Et puis un beau jour voilà que je me suis mis à dire des poèmes.
J’étais devenu slameur.
Comme M. Jourdain, Ahmed ou Belafrad.
Avant je fai­sais des soirées poé­tiques.
Main­tenant je fais des scènes ouvertes.
Tout le monde alen­tour se sent beau­coup mieux.
Je vais dans des lycées
Et dans le couloir des filles me deman­dent
« M’sieur c’est vous qui faites poèmes »
Et je dois avouer que oui c’est moi et c’est pour ça que je viens les voir.
Alors on dis­cute
« Pas la poésie mon­sieur pas la poésie ».
« Mais les poèmes oui les poèmes ».
« On fait des poèmes »
« Mais on n aime pas la poésie ».
Main­tenant j’ai tout com­pris
Si je fais slam
Je sais que ça se dit aussi « poème ».